• Accueil
  • > Archives pour janvier 2010

Archive pour janvier 2010

Le Castor

Samedi 30 janvier 2010

Nous faisons quelques courses à Intermarché, préféré à Carrefour par Tom à cause de la richesse de son rayon livres. Les garçons choisissent leur Tomtom et Nana, se « répandent » dans le chariot ne laissant qu’ un espace limité pour les commissions et…lisent : 3/4 d’ heure de paix pour choisir mes produits.

Je me souviens avoir lu discrètement (voire recopié en cachette) quelques passages éclairants de manuels de mathématiques pendant la préparation aux concours. Je m’ attirais parfois les regards foudroyants du chef de rayon qui voyait en les specimens de mon genre un obstacle à sa commission. Une fois, face à une intervention un peu rugueuse de sa part, je bégayai que je ne notais que les références de l’ ouvrage. « En sorte a ou  » pensai-je alors fortement.

Il y a peu, je flane à la librairie, feuillette les mémoires de Simone de Beauvoir en me promettant de les lire bientôt. Je ne suis pas peu fier de relever qu’ elle aussi, elle qui lisait tout ce qui lui tombait sous la main, elle qui dévorait avec une faim insatiable des traités ardus, ne crachait pas sur quelques textes lus à la volée dans la librairie même. 

Deux devinettes pour finir :

1- Pourquoi la surnommait-on « Le Castor » ? Beauvoir, prononcé beaver (castor) en anglais.

2- Pourquoi la photo suivante, couverture qu’ a choisi le Nouvel Obs pour le centenaire de sa naissance, a-t-elle été tant commentée ?

 

beauvoirobs.jpg 

Cul intouchable devrait-on dire devant l’ arrière-train d’ une des pionnières du féminisme, et bien NON, ils ont osé : photoshop est passé par là. On gomme un peu de cellulite, un peu de culotte de cheval, et voilà Simone en Paris Hilton, ramenée à la condition contre laquelle elle a lutté, celle de femme objet.

beauvoirretouche.jpg 

 

Billet de corbeau pour private joke

Jeudi 28 janvier 2010

Il s’ appelle Excellentissimus, « Simus » de sobriquet (toute ressemblance avec un zoiseau existant est fortuite). C’ est un coq, qui parade, fier comme un paon. Malgré son oeil de faucon, il ne mate jamais les vieilles chouettes aux pattes d’ oie car il adore son p’tit zaile poulet et ne dépasse jamais la ligne blanche jaune ! Bavard comme un geai et gai comme un pinson, il a l’ etoffe d’ un … albatros; on se contentera de lui offrir une écharpe en laine, pour qu’ il migre de nouveau de ses contrées lointaines jusqu’ à nos latitudes au froid de canard. Il est toujours en retard, contraignant son entourage à faire le pied de grue dans les parkings. Au lieu de shooter (avec son appareil photo) les escaliers que vomit la cathédrale de Gérone, il garde ses cartouches pour les pigeons qui chient sur le parvis, lorsque (tête de linotte) il n’ oublie pas son joujou là où il se pose. Il mange comme un moineau, prétextant une paella mal cuite. Il fume comme un pompier, boit comme un trou, mais lorsqu’ on le lui dit, il fait l’ autruche. On peut lui donner tous les noms d’ oiseaux, il n’ est pas sensible aux qu olibets. De notoriété publique, la bave du crapaud n’ atteint pas la blanche colombe...

  colombe.jpg

 

Happy birthday to you, Mr President

Jeudi 28 janvier 2010

Drôle de cadeau pour les 55 ans de Sarkozy : relaxe de D. De Villepin dans l’ affaire Clearstream (eaux troubles plutôt), désigné coupable sur un plateau télé par un Sarko qui faisait fi de la présomption d’ innocence. L’ envolée lyrique de l’ ancien premier ministre le premier jour du procès « je suis ici par la volonté d’ un seul homme, Nicolas Sarkozy » laisse place aujourd’ hui à une déclaration politique qui appelle au rassemblement mais qui sent bon le duel et l’ ambition personnelle. D’ ailleurs, intéressant le lapsus de Maître Metzner (avocat de D. De Villepin) qui déclare ne s’ intéresser qu’ à la face judiciaire de la campagne de son client.

« Aucune rancoeur, aucune rancune », déclare De Villepin. Par magie du verdict, celui qui l’ a mis dans la tourmente s’ impersonnalise aujourd’ hui en  »l’ image qu’ on a voulu donner de la politique ». Voilà ce qui me fait gerber avec les hommes politiques, ici deux bonhommes (aux styles radicalement opposés) qui se détestent et qui vont devoir faire semblant jusqu’ à 2012.

Si Sarko fait la gueule, probable que la gauche aussi l’ ait amer. Ne vient-elle pas de découvrir aujourd’ hui le principal opposant de sarko aux prochaines présidentielles ?

Une gauche qui fait le dos rond en interne, « qui court avec son air d’ homme doux et gras, désireuse de vivre en paix avec tout le monde ». On ne souhaite pas froisser G. Frêche et ses partisans du Languedoc Rousillon, mais on a de plus en plus de mal à contrôler son poulain montpellierain. Dernier dérapage verbal : Fabius n’ aurait pas une tronche catholique. Pas mal envoyé à un Fabius d’ origine juive et uppercut opportun alors qu’ on commémore le 65 ème anniversaire de la libération d’ Auschwitz. Mais, diable ! c’ est  »une expression populaire utilisée par tous les Français depuis des siècles. » Alors, cessons de polémiquer stérilement et saluons un homme qui travaille comme un noir pour la France, mais attention pas comme un arabe !

Desperate housewife

Mardi 26 janvier 2010

Je découvre les aventures de Emma Bovary, née Rouault. Peu après son mariage, c’est le début des désillusions auprès d’ un homme dont « la conversation est plate comme un trottoir de rue ». Alors, Emma pense qu’ ailleurs l’ herbe est plus verte. Son mari Charles « aurait pu être beau, spirituel, distingué, attirant tels qu’ ils sont sans doute, ceux qu’ ont épousés ses anciennes camarades. » Et elle imagine des existences « où le coeur se dilate, où les sens s’ épanouissent » par opposition à sa vie « froide comme un grenier dont la lucarne est au nord. » Et si Flaubert a raison lorsqu’ il affirme que « ma pauvre Bovary souffre et pleure dans vingt villages de France à la fois, à cette heure même. »

Egalité

Mardi 26 janvier 2010

Mésaventure pour Anne Sinclair, racontée sur son blog : http://annesinclair.typepad.fr/journal/2010/01/etre-fran%C3%A7ais-une-chance-ou-une-punition.html

Elle souhaite faire refaire sa carte d’ identité, non pas parce qu’ elle n’ est plus valable, simplement à cause d’ un changement d’ adresse. Elle s’ est munie des pièces à fournir. A la préfecture, constatant sa naissance à l’ étranger, nouvelle procédure exige, on lui demande les extraits de naissance de ses parents afin de prouver leur nationalité française et du coup la sienne par filiation. Première incompréhension, puisque sur son propre extrait, est précisé le lieu de naissance de père et mère (Paris) ! Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, elle y retourne, avec un dossier complet, et rencontre de nouvelles difficultés.

Anne Sinclair a raison de s’ indigner devant un dispositif administratif lourd et absurde. Pourtant, il est encore heureux que cette dame, dont les traits ont inspirés il y a quelques années la Marianne, soit logée à la même enseigne que les autres français dont le renouvellement de la CI est aussi un chemin de croix. Il eût été encore plus scandaleux que son témoignage n’ existât pas !

Syndicaliste en puissance

Mardi 26 janvier 2010

Tom et Clément sont fatigués ce soir. Je suis fatigué ce soir. Ils ont deux minutes pour mettre leur pyjama avant l’ histoire. Au lieu de s’ exécuter, ils papotent. Lorsque je les rejoins, ils sont « cul nu ».

- Vous avez 2 minutes pour vous mettre en tenue, le pipi et le brossage de dents. Si ce n’ est pas fait, chacun retrouve son lit sans histoire.

-Papa, je croyais qu’ il fallait au moins 3 minutes pour se brosser les dents correctement.

Je ne réponds pas, consumant intérieurement mon agacement. Alors, Tom a une autre idée pour me faire sortir de mes gonds :

- Papa, à nous mettre la pression comme ça, je suis sûr que Clément ne va pas se brosser les dents comme il faut.

Faites des gosses !

Duelo a garrotazos

Mardi 26 janvier 2010

C’ est un tableau de Goya, une lutte sans merci entre 2 hommes armés de bâtons. Ils sont enlisés jusqu’ au genoux dans une boue collante. Pas de fuite possible, pas d’ esquive. D’ ailleurs, aucun des deux ne cherche à se protéger. On frappe pour tuer ! Et, à mourir, autant mourir là, enracinés dans cette boue, sur ce territoire qu’ ils ne souhaitent à aucun prix partager ; il y en a un de trop, il y en a un qui doit disparaître. Impossible de déterminer l’ agresseur et l’ agressé qui se défendrait, celui qui était là le premier, celui qui a décoché le premier coup. Paysage lunaire, pas de place pour une intervention extérieure. On a évoqué cette peinture avec Lionel à propos du conflit israélo-palestinien.

gourdin.jpg

Cette interprétation du tableau est largement inspirée d’ un passage des mémoires de Claude Lanzmann, le lièvre de Patagonie  (à lire absolument).

C’ est logique

Jeudi 21 janvier 2010

Sur un « allez, pap » de Tom, je pars avec « allez, comète de Halley ».

-c’ est quoi la comète de Halley ?

-une comète, qui passe près de la terre tous les 80 ans. Vous la verrez sûrement, moi 35+80=115, je n’ irai pas jusqu’ à 115 ans, donc je ne la verrai pas.

-mais tu l’ as déjà vu pap ?

-Non, jamais.

-Ben alors, t’ auras pas 115 ans au prochain passage.

Cassé ! Vérification faite : elle est passée près de nous en 1986 et reviendra en 2061. Je n’ aurai que 86 ans !  

    

Le charme discret de la bourgeoisie

Mercredi 20 janvier 2010

Une voisine, de la « petite bourgeoisie » comme nous, issue du milieu ouvrier, tire à l’ aveuglette et à boulets rouges sur la politique du gouvernement et affiche  une sympathie pour la gauche de la gauche. Pourtant, le foot, ce n’ est pas pour son fils, en réalité ce n’ est pas pour elle car le ballon est trop populaire. Les garçons turbulents de l’ école, de milieux moins aisés, sont systématiquement mis à l’ index. Elle préfère pour ses têtes blondes les cours de piano à domicile, la poterie, le cirque, la danse et le théâtre…bref, elle (comme moi d’ ailleurs) ne connaît rien des pauvres. Alors, comment raisonnablement  partager des idées d’ extrême gauche ? Comment ne pas penser au radis, « rouge à l’ extérieur, blanc à l’ intérieur et toujours près de l’ assiette au beurre » ?

On est politiquement ce que l’ on est socialement, tout grand écart entre ces deux aspects est suspect et se paie par des contradictions.

Avec Germinal de Zola, on retrouve cette idée dans le parcours d’ Etienne Lantier. Mécanicien puis haveur aux mines de Montsou, il partage les souffrances de ses camarades mineurs. En même temps, il lit, s’ instruit et s’ intéresse à la chose politique. Même « s’ il n’ a pas l’ abondance verbale facile et coulante, même s’ il doit torturer sa phrase, même s’ il en sort par un effort qu’ il appuie d’ un coup d’ épaule, » il parvient à rassembler la masse autour de lui et gagne en popularité jusqu’ à devenir leur chef charismatique. Et, simultanément, il se transforme lentement : « des instincts de coquetterie et de bien-être, endormis dans sa pauvreté, se révèlent et lui font acheter des vêtements de drap, une paire de bottes fines. » Lorsqu’ il  revient chez ses hôtes les Maheu après un cache-cache contraint avec les forces de l’ ordre,  »il éprouve cette répugnance, ce malaise de l’ ouvrier sorti de sa classe, affiné par l’ étude, travaillé par l’ ambition. » Dans la même veine, voici des mots de Souvarine (anarchiste russe qui sabote la mine du Voreux), adressés à Etienne :  »jamais vous ne serez dignes du bonheur, tant que vous aurez quelque chose à vous, et que votre haine du bourgeois viendra uniquement de votre besoin enragé d’ être des bourgeois à leur place. »

Fierté

Mercredi 20 janvier 2010

Aprem culture à la médiathèque du Château, « Bouquet de saison » par Stéphanie Rondot. Un rideau noir en fond auquel sont accrochés 5 lanternes,  que la conteuse allume l’ une après l’ autre à chaque histoire. Jolie promenade : la marâtre qui commande à sa belle-fille des fraises en plein hiver, le chien meilleur ami de l’ homme, boeuf-bélier-cochon-oie-coq à la recherche de l’ été, la tulipe qui rougit de plaisir devant la danse  des enfants, la grosse carotte ramassée par le grand-père, grand-mère, petit-fils, petite fille, chien, chat et souris. Après l’ heure de conte, lecture silencieuse des loulous.

A la sortie, la conteuse intercepte Tom qui l’ avait reprise après un lapsus : « tu as l’ habitude d’ écouter des histoires, je vois que tu es attentif. » Egal à lui-même, il réponds : « Quoi? », acquiesse de la tête l’ affirmation  répétée et traverse…Je n’ ai pas l’ opportunité de mettre mon grain de sel, dommage, la conteuse est on ne peut plus charmante.

Des centaines d’ histoires racontées, des dizaines de voix empruntées pour le loup, le renard et la belette, une énorme énergie dépensée et, à chaque fois, un plaisir partagé avec les garçons. Aujourd’ hui, la récompense : ils sont friands de contes, peut-être bientôt de conteuses.

12